J’ai longtemps cru que la lessive en feuille était une lubie de magazine, jusqu’au jour où j’ai essayé de rapporter un bidon de quatre litres à pied depuis le centre de Rennes. Le paquet de feuilles tient dans une poche de manteau. C’est ce détail idiot qui m’a décidée, pas l’argument écologique.
J’ai tenu six semaines de lessive en feuille, soit vingt-deux cycles sur une machine à chargement frontal de 2019, en eau plutôt calcaire. Le linge, c’est celui d’une enfant de quatre ans : bodies devenus pyjamas, leggings, robes de seconde main, draps, et les serviettes de bain de tout le monde quand la charge le permettait.
Ce qu’est réellement une lessive en feuille
Une feuille de lessive est un film de tensioactifs déshydratés, de la taille d’un morceau de papier, qui se dissout dans l’eau du tambour. Il n’y a pas d’eau dans le produit, d’où le format. Une boîte de soixante feuilles pèse moins de deux cents grammes, là où soixante doses de liquide font quatre kilos.
Le prix au lavage, chez les marques que j’ai essayées, tourne entre 0,22 et 0,35 euro. Une lessive liquide de supermarché descend sous 0,15 euro. La feuille coûte donc plus cher, et je trouve que ça vaut la peine d’être dit avant tout le reste, parce que les pages produit s’en gardent bien.
Le dosage, la seule chose qui m’a posé problème
La notice annonce une feuille pour une machine normale, deux pour une machine très sale. Sur mes premiers cycles j’ai mis une feuille, et le linge est ressorti correct mais avec un fond d’odeur de renfermé sur les serviettes. J’ai cru à un défaut du produit. C’était un problème de charge : je tassais trop le tambour.

Avec une machine remplie aux trois quarts, une feuille suffit pour du linge d’enfant porté une journée. Pour des serviettes ou un drap qui a passé une semaine, il en faut deux, et la feuille doit être posée au fond du tambour avant le linge, pas sur le dessus. Posée dessus, elle se colle à un vêtement et se dissout mal à 30 degrés.
Ce point-là n’était écrit nulle part sur l’emballage. Je l’ai découvert en retrouvant un bout de feuille collé à l’intérieur d’une manche.
Sur les taches, le résultat est honnête sans plus
Les taches ordinaires d’une enfant de quatre ans, c’est-à-dire le chocolat, le jus de pomme, l’herbe et la peinture à doigts, partent au premier lavage à 30 degrés dans six cas sur dix. Le reste demande un détachage préalable, ce qui est à peu près le même score que ma lessive liquide précédente.
Là où la feuille décroche, c’est sur le gras. Une tache de beurre sur un col de robe est ressortie telle quelle, deux fois. J’ai fini par reprendre l’habitude de frotter un peu de savon de Marseille sur le gras avant de lancer la machine, et le problème a disparu. Ce n’est pas une critique du produit : aucune lessive en dose unique ne gère le gras sans aide, d’après ce que j’ai pu lire et constater.
Pour les textiles récupérés en dépôt-vente, qui gardent souvent l’odeur de l’assouplissant de leur ancienne maison, j’ajoute une cuillère à soupe de bicarbonate de sodium directement dans le tambour. C’est mon réflexe depuis un lot de bodies acheté à Rennes qui sentait la vanille à plein nez. La feuille seule ne venait pas à bout de cette odeur, le bicarbonate oui.

L’odeur du linge sec
Une feuille sans parfum laisse un linge qui ne sent rien. C’est exactement ce que je cherchais et c’est peut-être ce qui gênera d’autres personnes. Ma mère, en venant garder sa petite-fille, m’a demandé si ma machine marchait encore. Pour elle, propre veut dire parfumé.
Les versions parfumées existent et tiennent environ deux jours sur du coton. Je n’y reviendrai pas : j’avais commencé à chercher des lessives douces précisément parce que ma fille avait des plaques dans le cou après certains lavages.
Les textiles qui n’ont pas aimé
Deux pulls en laine mélangée ont feutré légèrement après un cycle laine à 30 degrés. J’ai mis du temps à comprendre que le pH de la feuille est plus alcalin que celui d’une lessive spéciale laine, ce qui n’arrange pas les fibres animales. Depuis, la laine passe à la main avec un produit dédié, et le reste à la machine. Pour le coton, le lin et les synthétiques, je n’ai rien vu d’anormal sur vingt-deux cycles.
Le bémol suivant tient à la température : en dessous de 20 degrés, la feuille se dissout mal, et j’ai retrouvé des traces blanches sur un legging noir. À 30 degrés, plus rien.

Ce que j’en garde
Je continue, pour trois raisons qui n’ont rien de spectaculaire : le poids, l’absence d’odeur, et le fait que le placard de la salle de bain ne soit plus occupé par un bidon. Le coût supplémentaire, une quinzaine d’euros sur six mois à mon rythme de lavage, je l’accepte.
Je ne dirais pas que c’est mieux qu’une lessive liquide douce. C’est différent, un peu plus cher, et ça demande d’ajuster deux ou trois habitudes. Si votre machine tourne tous les jours avec du linge très sale, le calcul ne tiendra sans doute pas.
Pour comprendre quel programme lancer sur quel tissu, j’ai fini par me faire un mémo des symboles de lavage que j’ai collé sur la porte de la machine. Et pour les peaux qui réagissent, mes essais de lessives hypoallergéniques sont rassemblés à part. Le reste de ce que je teste est rangé dans la rubrique entretien des vêtements d’enfant.
Le site de l’ADEME consacré à l’allongement de la durée de vie des objets a une page sur l’entretien qui m’a servi de point de départ : réparer et entretenir. Ce n’est pas une autorité sur les lessives, mais c’est une lecture honnête.
Si vous avez testé une marque différente, surtout sur du linge de bébé, je suis curieuse d’entendre ce que ça a donné.