J’ai longtemps cru qu’un dépôt-vente, c’était déposer un carton et repasser prendre l’argent. La première fois, je suis arrivée un samedi matin sans rendez-vous avec quarante pièces froissées dans un sac plastique. La gérante m’a renvoyée chez moi, poliment.
Trois ans plus tard, voici les étapes de la vente dans le détail, tel qu’il se passe dans les deux boutiques rennaises que je fréquente.
Les étapes de la vente, dans l’ordre
La prise de rendez-vous d’abord. Les dépôts fonctionnent sur créneaux, souvent deux demi-journées par semaine, et le délai d’attente va d’une à trois semaines selon la saison. En août, avant la rentrée, comptez un mois.
Le tri à domicile ensuite, qui est l’étape que je bâclais au début. La boutique impose un nombre maximal de pièces par dépôt, entre vingt et quarante selon les endroits. Arriver avec plus ne sert à rien : le surplus repart avec vous.
Puis le passage en boutique, qui dure entre vingt minutes et une heure. La gérante regarde chaque pièce, refuse ce qui ne lui convient pas, et fixe le prix. C’est elle qui décide du prix, pas vous, et c’est le point qui surprend le plus les gens la première fois.
Le contrat enfin, signé sur place, qui fixe la durée du dépôt, en général trois mois, le taux de commission et la date limite de récupération des invendus.
Ce qui se passe pendant les trois mois
La pièce est mise en rayon dans la semaine. Beaucoup de boutiques appliquent une décote automatique : moins 20 pour cent au bout de six semaines, moins 40 pour cent au bout de dix. C’est écrit dans le contrat et personne ne le lit.
Cette décote explique pourquoi une pièce déposée hors saison rapporte peu. Elle arrive en rayon au mauvais moment, traverse les deux décotes et se vend au tiers du prix initial, si elle se vend.

Aucune boutique ne prévient quand une pièce part. On le découvre à la fin, sur le relevé. Les deux que je fréquente ont un espace en ligne où le relevé se consulte, ce qui évite de passer pour rien.
Le règlement
La commission va de 40 à 50 pour cent pour du vêtement d’enfant. Sur une pièce vendue 6 euros, je touche entre 3 et 3,60 euros.
Le paiement se fait après la fin du contrat, pas au fil des ventes, et il faut souvent le réclamer. Virement sous quinze jours dans un cas, chèque à retirer sur place dans l’autre. Certaines boutiques proposent un avoir majoré de 10 pour cent, ce qui est intéressant seulement si vous comptez racheter chez elles.
Le délai complet, du rendez-vous au virement, tourne donc autour de quatre mois. Entre le moment où le placard se vide et celui où l’argent arrive, il s’écoule une saison entière.
Les invendus
C’est l’étape que j’oublie une fois sur deux. Passé la date limite, souvent quinze jours après la fin du contrat, les invendus deviennent propriété de la boutique, qui les donne ou les solde. J’ai perdu un manteau correct comme ça.
Je note maintenant la date de fin dans mon téléphone le jour de la signature. C’est la seule chose qui m’évite de recommencer.
Ce qui se fait refuser au tri
Le motif le plus fréquent n’est pas la tache, c’est l’usure diffuse. Un col détendu, des bouloches sur tout le vêtement, un bord-côte mou : la gérante refuse en deux secondes parce que la pièce ne se vendra pas sur un portant où tout le reste est net.
Viennent ensuite les odeurs. Une pièce propre mais stockée dans une cave ou un grenier garde une odeur que le lavage de la veille n’efface pas toujours. J’ai eu un carton entier refusé pour cette raison, et c’est ce jour-là que j’ai commencé à laver au bicarbonate tout ce qui sort d’un carton.

Enfin les marques de supermarché d’entrée de gamme, que certaines boutiques n’acceptent pas du tout, et les personnages sous licence, qui se démodent trop vite. Ces critères sont propres à chaque boutique et ne sont jamais affichés : il faut les apprendre en se les faisant dire.
Préparer le carton la veille
Lavage à 30 ou 40 degrés avec une lessive sans parfum, séchage à plat ou sur cintre, et pliage le lendemain matin pour éviter les plis de nuit. Un coup de rasoir à tissu sur les leggings et les pulls fins, qui sauve une pièce sur cinq.
Je fais une liste des pièces avec le prix que j’espère, ce qui sert au moment de relire le contrat. La gérante fixe les prix, mais savoir ce qu’on attendait permet de repérer une pièce sous-évaluée et d’en discuter une, pas dix.
Ce que je sais maintenant et que j’ignorais
Une pièce refusée n’est pas une mauvaise pièce. Les boutiques raisonnent par stock : si elles ont déjà douze pantalons en 3 ans, elles refusent le treizième, même impeccable. Représenter la même pièce deux mois plus tard marche souvent.
Demander à voir le rayon avant de trier chez soi fait gagner beaucoup de temps. Dix minutes à regarder ce qui est en rayon disent tout de ce qui sera accepté.
Et le plus utile : arriver avec les pièces sur cintre plutôt qu’en carton. Le tri va deux fois plus vite, la gérante voit mieux, et j’ai le sentiment que le taux de refus baisse. Je ne peux pas le prouver, mais je le fais systématiquement depuis un an.
Ce circuit reste le plus confortable des trois que j’utilise. Il rapporte moins qu’une vente en ligne mais demande beaucoup moins de temps, et davantage qu’un vide-grenier à la pièce. L’histoire de la friperie explique assez bien pourquoi ces boutiques fonctionnent par stock et par saison. Le reste de la rubrique est rangé ici.
Si votre boutique fonctionne autrement, notamment sur le paiement au fil des ventes, ça m’intéresse : je n’en ai jamais trouvé qui le fasse.